Par Stéphane Michaux
L'histoire d'amour avec l'île de beauté commence dans ma jeunesse avec les vacances familiales en été. Avec du sang Corse, de par mes arrières grands parents, l'envie de voir et de surfer des vagues en pleine Méditerranée était trop forte. En ayant parcouru et vu des photos de spots sur un forum de discussion, il ne m'en fallait pas plus pour me convaincre. Après avoir contacté un local qui me motiva à partir un jour plus tôt que prévu, la réservation sur le net du ferry pour traverser la grande bleue me pris quelques minutes alors que mon voyage dura 22 h environ soit presque 1 jour ! Il se trouve que 8 ans plus tôt, nous avions déjà échangé des coups de téléphone afin de préparer un voyage. La Corse me tendait enfin les bras.
L'arrivée au petit matin au port de Bastia laissait penser à un débarquement typiquement irlandais. Le temps pluvieux, et avec un plafond bas, le meilleur m'attendait surement. Frédéric Gavini mon guide pour ce trip me conseilla de venir directement sur le spot. Attention à ne pas vous perdre. Tant bien que mal, j'emprunte à partir de la route principale un chemin de terre étroit, tortueux et défoncé. A travers le maquis, la voiture se faufile jusqu'à un cul de sac. Déjà 3 voitures sur place, le jeune Antonin Ortoli arriva en même temps. Ma voiture toucha le sol dans une descente pentue. Je descends vers le mirador d'où l'on distingue des bodyboarders au loin. En fait, le reefbreak casse à 200 m du rivage.
Un escalier taillé dans la roche mène au plan d'eau. Une averse passa. L'éclaircie m'encouragea à aller voir de plus près la fameuse vague. Après une bonne rame en ayant pris soin de palmer et non de ramer pour éviter les méduses, stupéfaction ! Antonin me plante un ars parfaitement replaqué. Je croise aussi Frédéric qui m'apprend qu'à cause d'une micro marée de 10cm, le spot est devenu trop dangereux à ce moment. Le matin 2 heures plus tôt, il a pu fonctionné assez bien. Quelques instants plus tôt, Virgile, le frère d'Antonin connu un étourdissant badtrip. Il parti sur une série plus massive que les autres et pour une raison inconnue après son take off, la première vague du set l'aspira. Il connu une très grosse frayeur puisque son leash s'enroula autour de son cou. Il se retrouva sur la dalle. Remontant à la surface de l'eau, le plus gros set de la matinée lui tomba droit dessus. Ses potes assis sur le promontoire criait de désespoir ! Ils croyaient à son dernier jour. Mais tel un poséidon, Virgile surgit des flots. Il regagna la côte bien groggy. Bien entendu, heureusement, le port du casque quasi obligatoire le sauva d'une blessure. Il sorti finalement plus étourdi que mal en point. Avec Frederic, on regarda un instant la vague casser. Des vues saisissantes, des couleurs d'un bleu vif translucide. La parure magnifique laissait place à une vague rageuse avec un caractère bien trempé. Pas facile à dompter au premier abord. Furtive et intense, généreuse après le take off, elle se laisse apprivoiser en tube avec une rampe pour la finition.
Après l'avoir bien observée sous toutes ses coutures, on la laissa puisque le vent la tassa. On regagna la côte avec un sentiment d'apaisement. A l'abri du vent, on se changea tout en humant le parfum enivrant des plantes odorantes du maquis. Lentisque et myrthe que l'on mange en confiture compose Là, je fis la connaissance de Guillaume un surfer appliqué et adorable. On opta pour checker d'autres spots sensés marcher. Le long de la route, on s'arrêta pour prendre le temps d'observer un pointbreak. Un surfer et de gros pics peu calés ne nous encouragèrent pas à aller le tester. Le point de vue fut néanmoins remarquable. Cela laisse rêveur. Plus loin, une plage à côté de la route offrait des mini pics relativement propres. Plus haut sur la côte, on devinait aussi un pointbreak qui cassait de manière grossière.
Notre chemin pris fin peu après. Un parking au bord d'une belle plage de sable blanc était notre point de chute. Une bonne taille d'1m à 1m50, une eau de couleur marron, un vent offshore soufflant fort plantait le décor. Une bande de surfer arrivait aussi en même temps que nous. Un paddle board sponsorisé prenait de jolies vagues sous les yeux du photographe. Du bord, on voyait plein de pics. Le shorebreak puissant fait penser à celui des Landes. Les bodyboarders Nicolas et Clément nous accompagnaient pour cette session. Le choix de la vague était difficile; la houle multi pic et consistante ne permettait pas de se lancer comme d'habitude. Il fallait soit attendre les gros sets ou bien se caler près du rivage pour prendre une bonne vague. Fred Gavini assura avec conviction un tube sorti de nulle part : une petite caverne bien grasse. En fait, le souffle l'expulsa droit vers la plage. Plus tard, il balança un invert alors que je rentrais dans l'eau. Plus tard alors qu'on était fatigué, le plan d'eau devenu lisse laissait place à de plus petites vagues et des pics plus stabilisés. On les quitta pour attendre le lendemain.
Le matin, Fred décida de m'amener voir un spot qui pourrait fonctionner. La vague était à peine bonne à surfer. On préféra ne pas se mettre à l'eau. La configuration de l'immense plage avait bien changé suite à des tempêtes. A la prochaine bonne houle, elle laisse présager un bon potentiel. Le soir, on se permit de prendre un risque. Garé sur une route, on descendit un sentier au pied de murailles. L'ambiance mystique régnait. On surplombait soudainement la vague déroulée sur la dalle. Dans un cadre grandiose, la belle passait inaperçu. Plus on s'en rapprochait, plus on était excité. Un écrin d'émeraude éclatait sur des rochers plats. C'était magnifique. Tendu et conscient du danger, Fred se jeta dans 2 vagues qui après le bottom le percutèrent sur le fond quasi à sec. Ceci étant du à la mini marée haute. C'était à peine croyable de voir un tel bijou dans cet amphithéâtre. Avec plein d'images irréelles, on quitta le spot heureux malgré tout. A la nuit tombante, on remonta le terrain vallonné. Ce n'était que partie remise.
Deux jours passèrent sans vagues. Pendant ce temps, on peut se permettre de jouer au touriste. Hors saison, les plages sont désertes. La ville de Bonifacio fortifiée et construite en haut des falaises vaut le détour. Le fjord offre aux bateaux de plaisance, d'excursions des grottes, des iles Lavezzi et aux pêcheurs un port tranquille. Une halte dans la partie haute de la cité vous fait pénétrer dans des ruelles ombragées. Là haut, par un temps pluvieux, je croise deux italiens désherbant la terrasse d'un restaurant. Ils travaillent sur une minuscule portion qui donne le vertige puisque un à pic de 50 mètre est présent à coté. Enlacé par une corde, un des deux finit sans sécurité pour quitter la place vertigineuse. Il manque de perdre l'équilibre. Se rattrapant comme il peut, il plaisanta avec son collègue avec des mots français et italiens. Témoin de cette scène risquée, ils me saluèrent. En repartant, on peut s'arrêter à une boutique de bijou, et de décoration de corail, ainsi que de chênes liège.
Une journée extraordinaire nous attendait le lendemain.
Ce temps instable installé sur la Corse emmenait des trains de houle venus de très loin, soit de l'Atlantique, de l'Italie, des pays du Maghreb, et bien évidemment des côtes continentales. Vent offshore et vagues sympathiques étaient prévues selon l'analyse des cartes météos consultées sur internet. Arrivé sur le spot en fin de matinée, avec du matériel porté sur le dos et les deux bras, je commençais ma descente dans ce sentier aux airs bretons. Les entrailles après cinq bonnes minutes s'ouvrent sur la mer. On domine tout à coup la vague. Peu avant, on peut deviner les ondes du swell. Même minimes, elles peuvent offrir des vagues conséquentes. Quel spectacle ! Cet amphithéâtre est grandiose. La vague casse drôlement bien tout en bas. On l'entend se fracasser sur la dalle presque à sec. La beauté saisissante de l'endroit laisse pantois. On est obnubilé pour aller vite voir de plus près la rebelle casser là où on ne l'attend pas vraiment. En faisant bien attention aux rochers, on se faufile jusqu'à la mer. Instants magiques. D'ici, on voit nettement mieux les ondes se dessiner au loin et ainsi provoquer la formation de la vague au bord. Une vague typique de roche aux couleurs superbes éclate de mille feux devant nous. Je profite seul du lieu. Mes compères arrivent l'un après l'autre. Ils me motivent à shooter en aquatique malgré la bruine. Ils se jettent sur une bonne partie des vagues qu'ils estiment surfables. Oui, trois vagues sur dix semblent bonnes après tout. Ces glisses éphémères provoquent bonne humeur et chutes avec le port du casque. On se charrie, et on rigole lors des accalmies. Il est l'heure pour Fréderic de repartir. Virgile, avec qui j'avais fais longuement connaissance à Espuma un précédent jour, continue de se lancer sur ces courtes vagues tubulaires. Pour amortir les chocs, sa main ripe contre les rochers sous marins. Il se rend compte qu'il saigne.
Alors que Frédéric remonte la piste étroite, il se met à hurler. Un requin nous crie t-il ! Virgile encore dans l'eau se dresse sur la dalle ! Étonnés d'abord, tous les trois, on observe au loin en effet une grosse forme qui sort légèrement de l'eau à trois reprises. Effrayé par cette vision, je crie à Virgile de venir voir la photo de cette masse. J'avais eu le temps de saisir trois clichés. En fait, en zoomant, Virgile se rendit compte à l'évidence; il m'affirma que ce n'était rien d'autre qu'un requin qui rodait à une centaine de mètre du spot. Excité et impressionné, on décida d'examiner sous toutes ses coutures la photo. On estimait la taille entre quatre à cinq mètres, rien que ça ! On avait à faire à ni plus ni moins qu'à un grand blanc mangeur d'hommes, voire un gris ou un taupe. En tout état de cause, ce n'était pas la charmante roussette, ce petit requin que l'on peut croiser. On voyait encore sur les lieux des cormorans noirs et les mouettes blanches tournoyant, se regroupant en cercle, et s'envolant brusquement; elles pouvaient être la cible du requin. Ces scènes nous renforcèrent à l'idée de la présence certaine d'un requin dans les environs. En y pensant après coup, ce qui a pu le faire approcher soudainement de la côte, c'est le doigt ensanglanté du bodyboarder. L'animal doté d'un 6ème sens peut sentir à des kilomètres à la ronde l'odeur du sang. De là, toutes ces images de films sur les fameuses dents de la mer surgissent à notre esprit. On se met à réaliser. Dans un décor de "grand bleu", deux dauphins sautèrent comme pour nous rassurer et nous enchanter. Une heure avait passé. Virgile me raconta que des histoires de requins étaient courantes; les pêcheurs en ramènent régulièrement dans leurs filets. En recherchant sur le net, on apprend finalement que des dizaines de squales naviguent en Méditerranée. J'envoyais par le web la photo du requin et la description de l'évènement à des experts sur la faune de grands animaux marins afin d'identifier l'espèce et la taille approximative du mastodonte.
Pour l'anecdote, Ponicoto qui avec ses potes basques étaient venus en novembre dernier surfer des vagues made in Corsica semblaient ne pas avoir peur de repartir prochainement sur l'île de beauté. Après avoir envoyé les photos du specimen à des specialistes, il s'agirait soit d'un requin voire d'un gros espadon. L'identification est toujours en cours.
Pour finir, il ne faut pas quitter la Corse sans avoir vu un village typique en pierre comme Sainte Lucie de Tallano; des flashback de mon enfance revenaient. Les sites mégalithiques de Cauria hors du temps de la région de Propriano, et les tours génoises comme celles de Campomoro valent un joli but de balade. Les chemins au milieu des vaches, des prairies vertes, des cerisiers en fleurs et les points de vue admirables sont tout simplement reposant, et aussi à couper le souffle. N'hésiter pas aussi en mai, juin ou octobre et novembre de prendre le temps de découvrir les criques magnifiques. La Corse s'apprécie surtout dans ces mois.
Le dernier jour réserva des surprises. Fred me montra dans les collines un site archéologique qu'il a découvert : histoire passionnante ! on roula aussi dans une 4L qui a fait le désert ! accroché comme deux rallymens, il m'emmena dans un coin secret. De là, on domine la vallée qui offre à 180° la vue sur la célèbre baie de Santa Giulia.
Sur la route qui relie Bastia, après Solenzara, on distingue nettement d'un côté les sommets enneigés avec les aiguilles de Bavella et de l'autre côté une ligne de sable fin beige accrochée au bleu de l'azur.
Dans la soirée, en revenant d'une dernière balade dans le cap Corse à Erbalunga, on longea la plus grande place bastiaise où régnait une ambiance de guérilla apprit-on aux actualités. Je me souviens de ce Corse cagoulé en noir assis sur la murette me fixant alors que j'étais en train de prendre des photos à la volée de la voiture. Après avoir respiré ces gaz suffocants, on prit le tunnel qui passa sous la mer. Un dernier repas Corse me fit profiter de la générosité et des rapports humains simples, joyeux et passionnés. Bercé au rythme de la radio avec les fameux chants en langue Corse, je quittais l'île avec bonheur et un sentiment très fort.
Pour dire adieu, à cette semaine mémorable, je remercie les deux familles qui m'ont accueillit les bras ouvert et mes deux nouveaux amis Frederic et Virgile, l'Espuma team, qui me tardaient de revoir en sud Landes ou bien chez eux.
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