MADA EXPRESS
Récit de Bertrand Druart
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Après avoir vu le trip que s'étaient envoyé mon pote Simon Marchand avec les autres surfeurs nous avons décidé avec ma chérie de retracer leur parcours à Madagascar. Nous sommes donc partis pour un périple de 15 jours avec les sacs à dos, le Surfsession hors série sur Mada et le bon vieux guide du routard...Voici le récit de cette expédition
C'est après dix heures d'avion au départ de Paris que nous sommes arrivés à la capitale Antananarivo. Le premier constat est qu'il fait chaud mais le ciel est couvert et il y a du vent, ce qui est normal car nous arrivons en même temps qu'un cyclone qui a déjà touché la Réunion. Nous avons fait le change clandestinement à l'arrière d'une voiture grâce à une connexion sur place, cela est plus intéressant que les bureaux de change. Après s'être débarrassés des guides un peu insistants (je lache quand même 70cts d'euros) nous faisons un rapide petit tour des alentours mais nous n'avons pas trop le temps car notre liaison vers Fort-Daudhin est proche. On suit le taco qui nous emmène manger dans un petit boui-boui pour rien et embarquement.
A peine sommes-nous arrivés dans le petit aéroport de Fort-Dauphin que déjà des gars nous interpellent mais avec des grands sourires et un panneau d'hôtel à la main. On fait donc connaissance avec Narcisse qui est guide officiel et ce qu'il nous propose nous paraît intéressant et surtout trois fois moins cher que ce que nous demandait un taxi...Il nous conduit donc à notre premier hôtel; le "Tournesol" qui ne donne pas directement sur la mer mais qui est très sympa. Les enfants dans la rue se sont vite habitués à suivre les vazas ( étrangers ) dans l'espoir de que récolter quelques cadeaux. De plus c'est encore la saison des pluies et les touristes sont rares. Les enfants nous ont donc vu arrivés de loin et notre première balade se fait sous escorte jusqu'à la baie Monseigneur ou les vagues sont assez grosses mais insurfables à cause du vent.
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Les vagues n'étant pas au rendez-vous nous nous renseignons sur les moyens de transport pour nous rendre à Lavanono mais nos premières infos ne sont pas très bonnes, environ 300 000 Ariary ( 1euro= environ 2700 ar). Environ 100 euros ce n'était pas dans notre budget on nous oriente donc vers les vendeurs de Langoustes qui font régulièrement le trajet. Mais les prochains départs sont loin et notre timing est serré. Par chance nous abordons un français dans la rue qui part à Tsiombe (à trois heures de 4X4 de Lavanono) dans deux jours et il nous propose de nous emmener gratuitement en 4X4. Entre temps j'ai craqué et je me suis mis à l'eau sur une droite qui se formait en wedge en tapant contre la digue du port. Les conditions n'étaient vraiment pas terribles mais certaines passaient bien donc je me suis senti obligé... Il pleuvait un peu avec tempête de vent offshore du au passage du cyclone, l'eau était bien marron avec toute sorte de merdes et bien sur un jus qui tirait vers le large. Je me suis mis à l'eau tout seul, comme durant tout le trip...Il y avait 1m20 puissant et pas facile pour se placer. J'ai réussi à prendre 3 vagues mais pas rassuré je suis sorti rapidement car même s'il n'y a pas de requin sur le sud de Mada (théoriquement) tout était réuni pour m'y faire penser.
Nous avons aussi fait deux tentatives pour nous rendre au fameux beachbreack de Ambinanibe. Un coup le taxi nous a déposé au fin fond du lac de vinanibe suite à une mésentente et on y a poiroté 3h pour rien et une autre fois ou nous avons du faire demi-tour car la route était barrée par la montée des eaux...
Nous avons donc quitté Fort-Dauphin avec Jean, qui s'occupait de différentes missions de développement pour une O.N.G, sa chérie et un autre couple; Alice, aussi dans le développement et Joseph, un malgache rasta qui parlait bien français. Nous arrivons donc à Tsiombe après 5h de 4X4 et une conduite digne d'un Sébastien Loeb ou nous avons croisé lémuriens et tortues de terre. (pour la petite histoire je croyais que les tortues ne se trouvaient que dans l'eau !). La nuit étant tombée Jean nous propose très gentiment de nous partager un bungalow avec Alice et Joseph. Nous avons sympathisé avec tout le monde et nous sommes restés deux jours à Tsiombe toujours à la recherche d'un moyen de transport pour rejoindre Lavanono, sur la côte.
Il faut préciser qu'à partir de Tsiombe nous n'avons plus croisé aucun blanc et il a fallu se faire à cette étiquette de "Vazaha"; étrange créature...Nous n'avions plus non plus de réseau ni de cabine téléphonique ni internet.
Après avoir galéré nous réussissons à convaincre le propriétaire d'un 4X4 de nous amener jusqu'à Lavanono. Nous quittons donc Tsiombe pour Lavanono en compagnie d'Alice et Joseph; bien décidé à partager quelques sessions avec moi grâce à ma deuxième planche...
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Sur place nous avons logé dans un super cadre à l'éco-lodge de Gigi et nous étions d'ailleurs les seuls. Deux jours ont passé, rythmés par les grillades et les petites sessions. Mais il ne nous restait qu'une semaine pour atteindre Tuléar et le vol retour donc il fallait s'imposer un certain timing. Les pistes n'étant pas praticables à cause des fortes pluies passées Joseph nous conseille de négocier avec des piroguiers pour nous conduire jusqu'à Itampolo à environs 200km. Les piroguiers, très confiants, nous annoncent environ 5h de trajet s'il y a du vent. Le rendez-vous est donc fixé au lendemain matin 4h pour le départ.
Nous avons donc embarqué à 5h dans une pirogue à balancier et à voile d'environ 4m de long (grand max) et 50cm de large sans moteur bien sur avec tout notre bardage. Mais nous avions omis un petit détail; et s'il n'y a pas de vent...? Nous avons passés toute la journée sur l'eau avec le mal de mer (pour la première fois de ma vie) et sans nourriture consistante. Plus les heures passaient et plus la galère se précisait pour atteindre son apogée à la tombée de la nuit...Nous ne pouvions pas nous arrêter car il fallait atteindre le premier village"Bevoalavo" pour se nourrir. C'est donc de nuit dans les brisants des barrières de récif la peur et la faim au ventre que nous avons enfin accosté après 15H de pirogue. On a pu manger du riz et des calamars avant de se coucher sur la voile posée sur le sable à côté du bateau et avec les deux piroguiers. Nous nous sommes endormis avec la ferme intention de ne pas remonter sur la pirogue mais malheureusement c'était le seul moyen de quitter le village. C'est donc à 4h du mat que nous avons réembarqués pour Androka sans savoir pour combien de temps et avec seule nourriture des espèces de beignets de riz secs comme le dessert que j'ai coupé avec mes dernières barres de céréales. Un des deux piroguiers avait profité de cette escale pour embarquer sa femme qui a été malade tout le trajet. Il y avait toujours aussi peu de vent mais après avoir ramé un peu nous avons atteint Androka vers 13h avec un certain soulagement.
Nous longeons donc la plage ou les enfants nous suivent en courant et s'écriant "vazahas! vazahas!", certains même nagent jusqu'à la pirogue. A peine avions nous posé le pied sur le sable que la moitié du village était déjà autour de nous, en nous observant avec curiosité. Après notre périple en pirogue nous avions quelque peu besoin de décompresser et nous retrouver un peu car à ce stade nous n'avions plus beaucoup de repères. Nous avons donc suivi le mouvement là où ils voulaient bien nous emmener. Nous nous sommes retrouvés sur une paillasse avec nos affaires et tout le village autour les yeux fixés sur nous et impassibles. C'est à ce moment que ma chérie à commencer à craquer sérieusement. Nous étions à bout de nerf et complètement perdus. Voyant cela un des piroguiers nous a dégoté une petite case en bois avec suffisamment de place pour poser nos affaires et nous reposer un peu seuls...Nous nous renseignons comme à chaque fois pour savoir si il y a un moyen de quitter le village par les terres car sinon nous étions reparties dés le lendemain matin pour la haute mer. A ce stade nous n'étions qu'à la moitié du trajet prévu en pirogue autant dire qu'il nous était impossible de repartir encore pour deux jours...Mais par chance nous avons trouvé un 4X4 qui venait chercher des poulpes pour les acheminer jusqu'à Anakao et avec un négociant qui parlait très bien français; ça a été la délivrance. En attendant leur départ nous avons fait un petit tour plus objectif du village. Nous nous sommes arrêté à l'école pour donner quelques stylos et ainsi faire le bonheur de la maîtresse et des enfants. Nous avons démarrés deux heures après à la tombée de la nuit, moi sur la galerie et ma chérie à l'intérieur. Deux heures plus tard nous étions arrivés à Itampolo dans un petit bungalow ou nous allions pouvoir nous doucher et dormir dans un bon lit mais peu de temps car le départ était fixé à 3h du matin pour Anakao. Encore un endroit que nous n'avons pas vu de jour...
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Nous sommes donc arrivés à bon port après avoir avalé 4h de piste très mal assis et ayant froid mais avec la musique du I-pod au taquet! A notre arrivée "Chez Monica" un grand soulagement; enfin le calme avec un lagon bleu et un très joli bungalow sur des dunettes au milieu de la végétation et à quelques mètres de l'eau...Il est 7h, nous prenons le petit déjeuner et partons pour une sieste bien méritée. Nous avions tout de même réservé une pirogue (à moteur !!)pour aller repérer les vagues qui se trouvent autour de la petite île de Nosy Vé dont la fameuse" Flame ball". Une première impression très bonne car à 20 min de pirogue je découvre une superbe gauche qui s'enroule presque parfaitement autour du récif et pour une première fois la taille est idéale (un petit mètre cinquante aux séries avec plusieurs sections à barrel) Je me mets donc à l'eau de la pirogue et tout seul mais sous l'oeil attentif de ma chérie qui me filme. J'ai de bonnes vagues avec quelques bons tubes mais la vague n'est pas facile à négocier car rapide et avec les sections qui s'enchaînent. D'autant plus que c'est la première fois que je surfe ce genre de vague de type polynésien. Les quatre jours restants seront rythmés par le même programme; surf tôt le matin ensuite petite grillade sur l'île préparée par le piroguier et repos l'après midi car le vent se lève. Je n'ai pas trop décollé de Flame Ball de peur de louper un surf sauf un jour où le vent n'était pas bon pour ce côté. Je me suis mis à l'eau à l'opposé sur une droite appelée Puss Puss mais qui s'est avérée être peu surfable car la houle arrivait un peu trop face au récif je pense. Une autre petite droite mole m'a permis de bien m'amuser en drop-knee je pense que c'était Jelly babies.
Nous avons ensuite rejoint Tuléar toujours en pirogue (car cela ne dure que 2h contre 5h en 4X4) pour prendre notre avion pour Antananarivo et la boucle était bouclée.
Nous nous étions préparés à en prendre plein la vue mais on a peut-être abordé ce voyage un peu trop cool...Madagascar est le trip le plus boeuf que j'ai fait, c'est vraiment à part. Le dépaysement et la perte de repères peut être total et nous avons inconsciemment cumulé tous les paramètres pour que ce soit le cas; le timing, la saison, le parcours...Bref une vraie aventure dont on ne peut sortir que grandi. Il faut espérer que le tourisme ne changera pas trop vite ce pays incroyable.
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